Concert à deux pianos : autour de la transcription

Nous connaissons tous l’opéra de Mozart « la flûte enchantée », au moins son célébrissime air de la reine de la nuit. L’ouverture de cet opéra (pièce instrumentale qui sert d’introduction), a été transcrite par le pianiste, compositeur et chef d’orchestre italien Ferruccio Busoni, contemporain de Claude Debussy. Plus connu pour ses transcriptions d’œuvres pour orgue de Bach et de Liszt, notamment la chaconne de la partita en ré mineur pour violon du Cantor de Leipzig, il choisit la formation du duo de piano pour retrouver la dimension orchestrale de l’ouverture de la flûte enchantée.

S’il est un compositeur pour qui la transcription était courante, c’est bien Jean Sébastien Bach. Transcripteur de ses contemporains (Vivaldi, Pergolèse…) comme de ses propres œuvres, le concerto pour deux clavecins en do mineur BWV 1060 était à l’origine un concerto pour hautbois et violon, dont la partition est aujourd’hui perdue. Il en existe toutefois des enregistrements faits à partir d’une partition « recomposée » d’après la version pour deux clavecins. Cette dernière se passe très bien de l’orchestre, et c’est donc dans une version à deux pianos seuls que nous l’entendrons pour ce concert. Ce concerto est en trois mouvements : Allegro-Adagio-Allegro.

En fin de première partie, c’est un autre grand transcripteur qui est à l’honneur : Maurice Ravel. Reconnu comme un maître de l’orchestration, il est à l’origine notamment de la version pour orchestre des tableaux d’une exposition de Moussorgski. Parmi les œuvres qui ont contribué à sa renommée, outre le fameux boléro, on compte le ballet symphonique Daphnis et Chloé, composé pour les ballets russes sur une commande de Serge de Diaghilev. A l’origine en trois parties, cette symphonie chorégraphique a été ensuite déclinée par Ravel lui-même en deux suites pour orchestre, dont la deuxième, la plus souvent jouée, commence par le sublime lever du jour. Elle correspond à la troisième scène du ballet. C’est dans une magnifique transcription pour deux pianos du jeune et talentueux pianiste russe Vyacheslav Gryaznov que nous l’entendrons. Il fallait bien deux pianos pour pouvoir rendre la richesse de la partition originale.

La deuxième partie de ce concert sera l’occasion d’entendre une œuvre plus connue dans sa version finale, le quintette avec piano en fa mineur de Brahms op.34. La genèse de ce monument de la musique de chambre fut assez complexe. En juillet 1862, il soumet à ses amis le violoniste compositeur et chef d’orchestre Joseph Joachim et la pianiste et compositrice Clara Schumann un quintette à cordes avec deux violoncelles. Enthousiasmés par cette partition, les deux musiciens émettent toutefois des doutes sur l’instrumentation. Clara y verrait bien du piano. Brahms réécrit alors le quintette sous forme de sonate à deux pianos, qui est celle que nous écouterons pour ce concert, détruisant son premier manuscrit. Il tiendra beaucoup à cette version, la jouant à plusieurs reprises. Mais il en fera aussi une transcription pour quintette piano et cordes, qui reprend textuellement la sonate pour deux pianos. La structure suit un plan classique en quatre mouvements : Allegro – Andante, un poco adagio – Scherzando et trio – Finale.

Pour vous donner un avant-goût de ce concert, voici une vidéo avec des extraits du concert à deux pianos donné il y a quatre ans par Bénédicte et Guillaume :